11 mai, 2009

L’œil du poème

Classé dans : Bibliophilie — leberceaudephenicie @ 13:07

Le Berceau de Phénicie est un long songe sur la mémoire du monde et son devenir, incertain, si les hommes continent à s’ignorer dans le concert ahurissant des normes occidentales régissant l’ensemble de la planète. Car le monde est multiple. Multiples ses peuples. Multiples ses cultures. Donc multiples doivent être les dialogues qui régissent nos échanges, et ce n’est pas le cas en ce moment … L’humain risque alors de s’enfoncer dans l’obscurantisme par peur et ignorance. D’où la nécessité de s’ouvrir à l’Autre, d’appréhender sa culture et de se nourrir de nos différences.

S’il est un art qui peut sonder l’âme humaine et lui redonner une once de représentation, c’est bien le dessin, la peinture. Ainsi, le texte, qui n’est pas une abstraction ni une figuration de la pensée, mais la pensée elle-même véhiculée par des signes porteurs de mémoire et d’émotion, donne des éléments à qui sait plonger vers les assises du monde pour tenter de comprendre l’invisible des choses.

Le peintre offre donc des signes de corrélation avec l’œuvre du poète. Il s’embarque vers les falaises des mots pour y prélever des éléments du décor.
Kijno s’est livré ici à une aventure extraordinaire : il a lié le gestuel de la peinture, l’art de la matière, avec l’introspection psychanalytique comme, par le passé, il l’avait fait pour l’œuvre de Tristan Tzara, d’Aragon ou de Visconti. Mais là où son travail trouve tout son intérêt – et c’est une première –, en sus de la force magistrale de ses tableaux qui font l’amour aux mots, qui s’unissent dans la musique des vers, c’est qu’il nous livre, à sa manière, les clefs de sa réflexion.

Deux versions pour deux étapes.

Un texte n’est pas une abstraction ni une figuration de l’esprit, nous l’avons dit. C’est aussi ce qu’affirme Kijno dans la première version : l’analyse des images de la mémoire l’a porté à dessiner ces hiéroglyphes. C’est une version première, sans connaître la langue, l’homme nu face au monde : comme l’Ancêtre dans sa grotte peignait ce qu’il voyait, Kijno n’illustre pas le texte mais pénètre le vide laissé entre les mots et le pictural, il se glisse entre chaque phrase, son, voyelle, consonne pour interférer à la musique initiale, s’en imprégner et intervenir alors, quand la langue se bloque dans sa finalité finie. Kijno repousse les limites et crée de nouveaux repères signalétiques.
Dans la deuxième version, Kijno nous explique le décryptage des sources qui lui ont permis de réaliser ces hiéroglyphes. Car l’on est en droit de se poser la question : pourquoi s’y arrêter au lieu de se laisser porter vers une seule voie, celle choisie par l’artiste ? Que portent-ils en eux de si lourd, de si terrible, pour qu’il faille une première clef pour les saisir, les sentir, et une deuxième pour parvenir à les dompter et y lire les sources premières de l’inspiration initiatrice ? La réponse est dans cette deuxième version.

Dans la deuxième version, Kijno nous explique le décryptage des sources qui lui ont permis de réaliser ces hiéroglyphes. Car l’on est en droit de se poser la question : pourquoi s’y arrêter au lieu de se laisser porter vers une seule voie, celle choisie par l’artiste ? Que portent-ils en eux de si lourd, de si terrible, pour qu’il faille une première clef pour les saisir, les sentir, et une deuxième pour parvenir à les dompter et y lire les sources premières de l’inspiration initiatrice ? La réponse est dans cette deuxième version.
J’ai reçu ces dessins de Kijno avec énormément d’émotion. Trop sans doute pour lui dire comment. Mais il sait lire dans mon cœur. Et à chaque lecture, à chaque voyage dans ses tableaux je meurs et renaît différent, toujours le même et jamais pareil, pétri de sentiments confus, les yeux humides au goût salé des restes de la mer se brisant sur des baies ensoleillées. Chaque larme est une baie d’une saveur sucrée redoutable.

Puisse ce livre ouvrir un peu plus la porte du dialogue entre les peuples …

François Xavier
Saint Raphaël, le 20 avril 2003

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